Récit de la soirée table ronde sur les Jardins d'enfants

animée à Bar-le-Duc par Patricia Chalet,

jardinière à l'école Steiner Waldorf de Strasbourg

 

Nous remercions avant tout Patricia CHALET qui a fait le trajet depuis Strasbourg pour nous faire profiter de son expérience et de sa gentillesse, et qui nous a apporté un message très intéressant et représentatif d’un jardin d’enfants, avec toute la passion qu’elle porte à son métier et aux enfants.

 

Patricia nous a d’abord raconté son histoire personnelle.

                Lors de sa formation d’éducateur spécialisé, elle a fait un stage, par hasard,  dans une structure animée par la pédagogie Steiner-Waldorf. C’est surtout le respect de l’enfant dans cette pédagogie qui l’a beaucoup marqué. Elle a découvert par la suite que ce n’était pas le cas dans toutes les structures d’accueil petite enfance.

                Elle est ensuite devenue maman. Elle a fait le choix de déménager de la Vendée vers l’Alsace pour que ses quatre enfants puissent grandir dans cette pédagogie. Elle n’a pas eu un seul regret. Ses enfants ont développé de belles qualités de cœur.

                Elle a été parent pendant 28 ans dans une école Steiner Waldorf avant d’y travailler. Cela fait maintenant  12 ans qu’elle est jardinière au jardin d’enfants Steiner Waldorf de Strasbourg.

  

                Elle nous a ensuite expliqué les fondements de cette pédagogie dans les jardins d’enfants, qui peut accueillir les enfants de 2 à 6 ans, ainsi que le fonctionnement, l’organisation, et quelques anecdotes !

                Dès la naissance, le petit enfant a déjà quelque chose qui lui est propre. Le jardin d’enfants va l’aider à développer ses qualités manuelles, sociales et artistiques, à trouver ce qu’il a en lui pour trouver sa voie, connaître ses faiblesses et ses forces. Quand on a cette confiance en soi, on peut aller dans le monde.

                La première septaine (0 à 7 ans) se clôt par le changement de dentition. Elle est essentiellement consacrée au développement du corps de l’enfant. Ce sont les fondations, comme dans une maison. Cela ne se voit pas mais c’est important. Il n’y a aucune acquisition scolaire, on n’apprend pas à compter et à lire, pour garder les forces pour se construire, construire son corps.

                C’est aussi le début de la pensée individuelle de l’enfant. Le Moi. Je suis là et je sais déjà ce que je veux.

                Le petit enfant est un être d’imitation. Il absorbe tout son environnement, c’est avec cela qu’il se construit. Il faut être extrêmement vigilent sur le choix des matériaux utilisés par exemple, mais aussi et surtout à ce que nous sommes en tant qu’adulte, d’où les qualités indispensables que doit avoir la jardinière.  Le jardin d’enfants doit être comme un deuxième lieu de vie, un espace chaleureux et convivial.

                 Au jardin d’enfants Steiner-Waldorf de Strasbourg, il y a une vingtaine d’enfants de 3 à 6 ans par classe. La même jardinière suit les enfants pendant trois ans.  Les enfants n’ont pas la crainte de savoir avec qui ils seront l’année suivante.

                Les âges sont mélangés, c’est un choix pédagogique car il va se passer beaucoup de choses entre les enfants. Ils peuvent expérimenter d’être le plus petit de la classe, mais aussi d’être le plus grand quelques années plus tard. Patricia nous a rapporté l’expérience d’un « grand » garçon de six ans, qui avait des gestes un peu brutaux, et qui a découvert la douceur et la délicatesse quand une toute petite fille de trois ans lui a demandé de l’aide pour fermer son manteau. Cela faisait des mois que Patricia lui demandait de faire doucement, de faire attention… Il aura suffi d’une fois pour cette petite fille !

 

On y fait quoi dans les jardins d’enfants ?

          Le jardin d’enfants est toujours très actif, avec toujours cette recherche de vie intérieure.

          La matinée s’articule toujours de la même façon pour structurer et rassurer l’enfant. Il n’a pas à se demander ce qu’il y aura ensuite, il le sait déjà : Accueil, activité, jeux libres, ronde, passage aux toilettes, goûter, jeux libres à l’extérieur, et une histoire pour terminer la matinée.

  • Activités :

          Chaque jour a sa coloration. Le lundi c’est dessin, la mardi fabrication de pain, le mercredi bricolage pour les fêtes d’école (beaucoup moins d’enfants ce jour donc sont regroupés avec d’autres classes), le jeudi eurythmie, et le vendredi peinture.

          Pour le dessin, il n’y a jamais de consignes, c’est ce que l’enfant a envie de faire. C’est révélateur du moment de développement de l’enfant. Il n’y a rien à apprendre à l’enfant, il faut attendre que cela émerge.

          Patricia nous raconte la merveilleuse découverte des couleurs secondaires grâce aux pavés de cire de couleurs primaires dont les enfants disposent ! C’est beaucoup plus marquant et intense que d’avoir expliqué que l’association de bleu et de jaune donne du vert.

 

  • Jeux libres :

          Il y a un coin cuisine, des jeux d’imitation, des matériaux naturels pour permettre de faire toutes les expériences (poids, odeur, texture, équilibre, densité…), pour stimuler l’imaginaire et la créativité. Ils peuvent aussi créer des cabanes, se déguiser, jouer à la poupée…

          Vers six ans, les enfants veulent que les jouets ressemblent de plus en plus à ce qu’ils voient dans la vie, alors que pour un enfant de trois ans, un morceau de bois peut facilement se transformer en téléphone !

          Les enfants ont l’espace nécessaire, la liberté, et  le temps pour jouer.

          Pendant ce temps, la jardinière prépare le goûter, fait des bricolages, lave les vêtements de poupée, lave les vitres, cire les jouets en bois… Elle ne joue pas avec les enfants, sauf quand elle se fait servir un peu de ratatouille ou de thé !

          Elle en profite pour observer les enfants, avec un regard enthousiaste et protecteur. Elle marque aussi les limites, permettant aux enfants de trouver leurs repères.

          Vient ensuite le moment où les enfants rangent tout ce qui a été sorti.

 

  • Ronde :

          C’est un moment social, toujours en lien avec ce qui se passe à l’extérieur, à la saison. Il y a des chants, des jeux de dextérité avec les doigts, le corps… Patricia nous a fait vivre les comptines du printemps qu’elle fait en ce moment avec les enfants, alliant chants et jeux de mains.

 

  • Goûter :

          Ce sont des produits bio, c’est le choix de l’école de Strasbourg,  et pas que du sucré. Ca peut être aussi du pain, des carottes épluchées par les enfants, des bretzels, du fromage, des graines germées que les enfants ont fait pousser… Puis les enfants font la vaisselle.

 

  • Jeux libres à l’extérieur :

          Les enfants sortent tous les jours, par tous les temps, pendant 30 à 45 minutes. Ils se balancent, jardinent, bricolent, grimpent, jouent au sable, jouent dans les flaques d’eau ou profitent des rayons du soleil.

          Quand il fait beau, les activités de la matinée peuvent se faire dehors, en sortant ce qu’il faut.

          Une chanson donne l’heure de rentrer.

 

  • Histoire :

          Elle termine la matinée. C’est la même histoire pendant une ou plusieurs semaine, sans images pour laisser les enfants imaginer à leur façon. Bien sûr, parfois on ne résiste pas à leur montrer certains livres avec de très belles images !

 

Et question organisation ?

          Beaucoup de jardins d’enfants ne sont ouverts que le matin. A Strasbourg, c’est toute la journée pour répondre aux besoins de certains parents qui travaillent, mais pour l’enfant, le matin est suffisant. C’est pour cette raison que les enfants présents uniquement le matin ont eu toute la matière du jardin d’enfants.

          L’après-midi, les enfants restants  sont répartis en deux groupes, les grands et les petits. Les petits font la sieste, et les grands alternent entre bricolage, tissage pour préparer la trousse pour la grande école l’année suivante, fabrication d’un gâteau pour le goûter, promenades, et parcours plus difficiles avec des sauts, des cordes… Puis à partir de 16h c’est la garderie.

          L’inscription se fait donc au bon vouloir des familles,  le matin ou toute la journée. Les enfants ne sont pas obligés de venir tous les jours de la semaine, mais l’important est de mettre en place un rythme régulier. Pour chaque enfant, l’heure de départ est aussi différente.

          Il y a une jardinière le matin, de 7h45 à 13h45, puis la jardinière de l’après-midi prend le relai. Certains enfants restent manger le midi avec la jardinière. Ils font ensuite la vaisselle.

          Certains enfants quittent le jardin d’enfants pour rejoindre un CP dans une école traditionnelle. En général l’adaptation se fait très bien. Il suffit de prévenir l’enseignant que l’enfant n’a pas eu d’apprentissages scolaires. Aux vacances de la Toussaint, l’enfant a déjà rattrapé ses camarades.

          A l’inverse, des enfants font une maternelle traditionnelle, et arrivent au jardin d’enfant à l’âge de six ans. Il faut là aussi un petit temps d’adaptation. Ces enfants ont un grand besoin de jouer, même à des jeux de petits,  comme pour rattraper ce qu’ils n’ont pas pu faire.

 

          Patricia Chalet conclut cette conférence en nous rappelant que de nos jours, les enfants sont attaqués dans leur pensée, dans leur corporéité (ne jouent plus dehors, peu de promenades…), dans leurs sentiments ( beaucoup de violence, les catastrophes aux informations…).

           Il est important d’entourer l’enfant de beau, de bon , et de vrai, car le petit enfant est en construction, et il va s’imprégner du monde environnant pour l’imiter. C’est pour cela que le jardin d’enfants doit être un espace chaleureux et protégé. L’enfant y évolue en apprenant par la vie et par le jeu.

           La jardinière d’enfants doit aussi avoir des qualités de présence, d’empathie et d’ouverture.

           Chaque matin, en arrivant dans la classe, Patricia prend le temps d’arriver, de se poser, d’être là, et pense à tous les enfants qu’elle va accueillir.

 

Anne-Laure

Parent d’élève